Souverainistes et mondialistes, le nouveau clivage politique français

Depuis quelques années, nous assistons à une spectaculaire reposition du clivage politique français. L’historien Gérard Grunberg affirme ainsi que « le clivage gauche-droite est désormais concurrencé par le clivage nationaux-européens ». Tout est dit : désormais, l’affrontement politique a évolué. Ce n’est plus le traditionnel clivage de la droite contre la gauche, mais un nouveau clivage : celui des souverainistes contre les globalistes. 

 

 

 

Examinons le concept de clivage. En premier lieu, il est clair qu’historiquement certaines thématiques originellement de gauche comme le libéralisme ou la nation sont passées à droite, tout comme la thématique sociétale est aujourd’hui l’apanage de la gauche après que la droite l’a abandonnée. 

N’oublions pas également qu’un clivage se forme au travers du prisme dans lequel est vue la réalité. Ainsi la dialectique marxiste concevait le clivage politique comme celui opposant la bourgeoisie capitaliste au prolétariat. Aux débuts de la IIIème République, l’opposition parlementaire était concentrée entre républicains et monarchistes. Tout cela pour insister sur le fait que la notion de clivage est mouvante. La droite opposée à la gauche n’est pas un dogme. Le clivage a évolué, le réel n’est plus le même.

 

 

La souveraineté vient en amont, la politique en aval

Mais aujourd’hui, aussi déplaisant que cela soit, le réel est tout autre. La réalité, c’est que la nation n’est plus libre des ses propres choix politiques. Jean Bodin, grand théoricien de la souveraineté, écrivait que « le vrai naturel d’un peuple, c’est d’avoir pleine liberté sans frein ni mors quelconque ». En d’autre termes, la nature d’un Etat est d’être souverain, et il ne l’est plus aujourd’hui. 

La Manif pour Tous ou des familles cathos vous diront que le clivage se situe au niveau sociétal : les pro-mariages homosexuel contre les antis, les pro-GPA contre les antis… Nous leur objecterons qu’il est impossible de faire un choix de société quand un Etat n’est plus souverain. Quand la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) impose à la France la trancription à l’état civil des actes de naissances d’enfants nés par GPA à l’étranger, c’est bien que les choix de société ne sont plus possibles1. D’où la subordination, dans un premier temps, de la thématique sociétale au souverainisme. La souveraineté est un préalable, les choix de sociétés, d’économie ou sociaux découlent ensuite. La souveraineté vient en amont, la politique en aval. 

 

Le jargon juridique minimise la perte de la souveraineté. Désormais, on parle pudiquement de "transferts de compétences souveraines". Mais c’est une fiction, cela n’existe pas. Si l’on transfère ne serait-ce qu’une part de souveraineté au profit d’une entité supra-nationale, c’est le principe tout entier de la souveraineté qui disparait. La souveraineté est absolue ou ne se conçoit pas. C’est la puissance « absolue et perpétuelle d’une République » écrivait Jean Bodin. Il faut donc choisir : désire-t-on être propriétaire de la France ou simple locataire ? 

Ne confondons pas le patriote et le souverainiste. Le patriote aime la terre de ses ancêtres, le souverainiste la veut libre. 

 

Observons notre situation. Actuellement, le souverainisme se développe sur deux échelons. D’une part contre l’Union européenne, qui prévoit l’intégration des nations européennes par la méthode communautaire. La coopération des nations européennes, oui. La fusion des nations, non. D’autre part, le souverainisme se développe contre une mondialisation sauvage, qui voudrait nous faire croire que la seule issue serait l’unipolarisation autour des grands vainqueurs de la Guerre froide. Un monde multipolaire, oui. Un monde uniforme et atlantiste, non.

 

 

 

« Il y a une unité chez nos ennemis alors qu’il n’y en a pas chez ceux qui défendent la souveraineté »

C’est contre ces deux fléaux que le souverainisme se développe. C’est pourquoi nous constatons que les frontières séparant la gauche de la droite sont devenues perméables. Désormais, un nouveau clivage politique émerge : les souverainistes contre les mondialistes. "Le clivage aujourd'hui, ce n'est plus la droite contre la gauche, nous confirme Philippe de Villiers, c’est souverainisme contre mondialisme". 

Jacques Sapir, économiste de gauche, propose même de créer un "Front de libération nationale", allant de l’extrême gauche à l’extrême droite (mon Dieu !), dans le but d’unir les forces souverainistes. L’économiste part d’un constat évident : il y a une "unité chez nos ennemis, alors qu’il n’y a pas d’unité chez ceux qui défendent la souveraineté". Il est clair qu’élections après élections, les forces du Parti socialistes et des Républicains s’allient dans le but de vaincre l’infâme. N’ont-ils pas toujours été main dans la main pour voter le Traité de Maastricht ou le projet de Constitution pour l’Europe ? Il y a une union chez les mondialistes que les souverainistes n’ont pas su créer. Il est grand temps d’y remédier. 

 

Jacques Sapir tempère néanmoins : "ce front ne serait rien d’autre qu’un accord de non-agression entre ses membres". Effectivement, au-delà d’un objectif commun, une différence majeure sépare la gauche et la droite souverainistes : la question identitaire. La gauche évacue cette question, ou dans le meilleur des cas la subordonne à l’économie et au social. Jacques Sapir ne fait que confirmer cela quand il affirme qu’il n’est "pas contre le fait de parler d’identité. Il convient cependant de ne pas confondre les causes et les conséquences et de bien voir que tout cela provient pour l’essentiel de la paralysie du système économique français". La crise identitaire française, une simple conséquence de la crise économique ? Nous retrouvons ici la vieille gauche matérialiste, celle qui ne désire la souveraineté que pour s’opposer à une UE et une mondialisation décidément trop libérales. Leur mérite est d’avoir su comprendre l’alliance de la gauche bobo et du patronat mondialiste. La gauche de Cohn-Bendit alliée à la droite giscardienne. Le noyau libéral-libertaire.

 

Néanmoins, ce matérialisme souverainiste de gauche n’exclut pas une certaine considération de la France et de sa grandeur. Ne soyons pas caricaturaux. Il y a quand même un souci de la nation. Mais elle est reléguée au rang de culture, ou d’immigration : la nation est le nouveau melting-pot. L’individu n’est qu’un être seul, un nomade sans protection. L’enracinement naturel de l’individu dans une terre leur est inconnu. 

 

Au-delà de la question fondamentale de l’identité, un Front de libération nationale serait une manoeuvre politique essentielle pour outrepasser le gratin globaliste. La France ne s’est-elle pas alliée avec Staline pour écraser l’ennemi nazi, pour ensuite se retourner contre l’URSS ? 

La combine doit être construite sur une vision politique de long terme. La question finale sera de savoir à qui profitera l’alliance. 

 

 

 

 

CEDH 26 juin 2014, Mennesson & Labassée c/ France

 

 

 

 

Retour à l'accueil